Les aliments dangereux et toxiques pour le chat
Il suffit d'un instant d'inattention : un morceau tombé de l'assiette, un plat laissé sur la table, un carré de chocolat oublié sur le bord du canapé. Le chat rôde, curieux, et ce qui nous paraît anodin peut, pour lui, être franchement dangereux. Beaucoup d'aliments qui composent nos cuisines et nos repas ne sont pas seulement mal adaptés à son organisme : certains sont toxiques, parfois à des doses que l'on n'imagine pas. Ce n'est pas une question de gourmandise mal placée ni de maître négligent, c'est une différence profonde entre son métabolisme de carnivore strict et le nôtre.
La difficulté, c'est que ces dangers ne se voient pas. Un plat mijoté aux oignons sent bon, un fond de tasse de café paraît insignifiant, une pincée d'ail dans une sauce semble sans conséquence. Pourtant, plusieurs de ces aliments s'attaquent à des organes vitaux, et le chat y est souvent bien plus sensible que nous ou même que le chien. Connaître cette courte liste, comprendre pourquoi ces aliments posent problème, et surtout savoir quoi faire en cas d'ingestion, voilà ce qui protège vraiment votre chat, sans transformer votre cuisine en terrain miné ni votre quotidien en source d'angoisse.
Cet article fait partie de notre dossier sur l'alimentation du chat adulte, et il en constitue le garde-fou. Il passe en revue les aliments courants à ne jamais donner, ceux qu'il faut mettre hors de portée, et il pose une règle qui prime sur toutes les autres : en cas de doute sur ce que votre chat a pu avaler, on ne guette pas les symptômes à la maison, on appelle sans attendre. Le propos reste clair et sérieux, jamais alarmiste à l'excès, mais il ne cherche pas non plus à rassurer là où il ne le faut pas.
Pourquoi l'assiette humaine n'est pas faite pour le chat
Avant de passer les aliments en revue, il faut comprendre d'où vient le problème, parce que cela éclaire tout le reste. Le chat est un carnivore strict dont le métabolisme s'est spécialisé sur des millénaires de régime carné. Son foie ne traite pas certaines substances comme le nôtre, ses globules rouges sont plus fragiles face à certains composés végétaux, son organisme entier fonctionne selon des règles qui ne sont pas les nôtres. Ce qui passe sans encombre dans notre assiette peut donc, chez lui, devenir un poison, non parce qu'il serait plus faible, mais parce qu'il est tout simplement différent.
Cette différence explique pourquoi l'alimentation humaine, en général, est mal calibrée pour le chat, au-delà même des aliments franchement toxiques. Nos plats sont souvent trop salés, trop gras, assaisonnés d'ingrédients qui ne lui conviennent pas, et déséquilibrés au regard de ses besoins de carnivore. Vouloir gâter son chat en partageant son repas part d'une intention affectueuse, mais c'est justement là que se glissent les mauvaises surprises. Pour lui faire plaisir sans risque, mieux vaut se tourner vers ce qui est pensé pour lui, un sujet que nous développons dans notre guide sur les friandises et les extras du chat.
Il n'existe pas, pour les aliments qui suivent, de seuil confortable en dessous duquel le risque disparaîtrait. La sensibilité varie d'un chat à l'autre, la quantité réellement absorbée est difficile à évaluer, et certains effets sont retardés de plusieurs heures ou de plusieurs jours. La seule position raisonnable est donc claire : ces aliments ne doivent jamais entrer dans la gamelle d'un chat ni traîner à sa portée, et l'on ne raisonne jamais en termes de petite quantité tolérable.
Les allium, le danger le plus sournois
Le premier danger, et sans doute le plus mal connu, tient à toute une famille de légumes que nous utilisons chaque jour : les allium, c'est-à-dire l'oignon, l'ail, l'échalote, le poireau et la ciboulette. Ces aliments contiennent des composés qui s'attaquent aux globules rouges du chat, en les fragilisant jusqu'à les détruire, ce qui provoque une anémie parfois grave. Les vétérinaires décrivent ce phénomène par la formation de ce qu'on appelle des corps de Heinz sur les globules rouges, marqueurs de cette atteinte. Le chat est particulièrement sensible à cette toxicité, davantage que bien d'autres animaux, ce qui rend la vigilance d'autant plus nécessaire.
Ce qui rend les allium redoutables, c'est qu'ils gardent leur toxicité sous toutes leurs formes. La cuisson ne les rend pas inoffensifs, la déshydratation non plus : l'oignon en poudre, l'ail séché, un bouillon aromatisé, une sauce mijotée, un reste de plat cuisiné, tout cela reste dangereux. Un chat n'a pas besoin de croquer un oignon cru pour être exposé, il lui suffit de laper la sauce d'un plat ou de happer un morceau de viande cuisinée avec ces aromates. Beaucoup de préparations que nous consommons sans y penser, des restes de rôti aux plats en sauce, en contiennent, et c'est cette présence discrète et diffuse qui rend le risque facile à sous-estimer.
La règle est donc simple à retenir, même si elle demande de la constance : aucun aliment contenant de l'oignon, de l'ail, de l'échalote, du poireau ou de la ciboulette ne doit être donné au chat ni laissé à sa portée. On ne se dit jamais qu'une trace intégrée à un plat ne fera rien, parce que l'effet dépend de facteurs qu'on ne maîtrise pas et que l'atteinte peut se manifester avec un décalage. Devant un chat qui a pu avaler un plat cuisiné suspect, la bonne réaction n'est pas d'attendre de voir, c'est de contacter tout de suite un professionnel.
Le chocolat, le café et le thé
Le chocolat est sans doute l'aliment toxique le plus connu du grand public, souvent associé au chien, mais il l'est tout autant pour le chat. Il contient une substance, la théobromine, qui appartient à la famille des méthylxanthines, et que l'organisme du chat élimine mal. Cette lenteur d'élimination fait que la substance s'accumule et agit sur le cœur et le système nerveux. Le chocolat noir et le cacao pur en sont les plus chargés, mais aucun chocolat n'est à considérer comme sans danger, et le chat, contrairement à nous, ne perçoit d'ailleurs pas le goût sucré, ce qui ne l'empêche pas d'être attiré par le gras ou de happer un morceau par curiosité.
Le café et le thé relèvent de la même famille de composés, avec la caféine. Un fond de tasse, du marc laissé dans la poubelle, un sachet de thé mâchouillé, des grains ou des gélules exposent le chat à un risque du même ordre. On n'imagine pas toujours que ces boissons si banales puissent poser problème, mais leur principe actif agit sur son cœur et son système nerveux comme celui du chocolat.
Là encore, la logique n'est pas de calculer une quantité acceptable, mais d'écarter tout accès. Un chat qui a léché du chocolat fondu, croqué un biscuit au cacao ou lapé une boisson caféinée est dans une situation qui justifie un appel immédiat à un vétérinaire ou à un centre antipoison animal. On ne se rassure pas au motif que la quantité paraissait faible, parce qu'on ignore le plus souvent ce qui a réellement été ingéré, et parce que l'effet peut mettre du temps à se déclarer.
L'alcool et la pâte à pain crue
L'alcool est un poison pour le chat, et à des quantités bien inférieures à celles qui nous affectent. Un fond de verre, un dessert imbibé, un aliment fermenté peuvent suffire à provoquer des troubles sérieux, parce que le petit gabarit du chat et son métabolisme le rendent très vulnérable. Cela vaut pour toutes les boissons alcoolisées, mais aussi pour des sources moins évidentes, comme certains desserts ou fruits très fermentés. Il n'y a aucune raison ni aucune circonstance où proposer de l'alcool à un chat aurait un sens, et il faut veiller à ce qu'il n'y accède pas par accident.
La pâte à pain crue, celle qui lève, mérite une attention particulière parce que son danger est double et souvent méconnu. Une fois avalée, la pâte continue de fermenter dans l'estomac tiède du chat : la levure produit du gaz, ce qui dilate l'estomac et provoque une distension douloureuse, et elle produit aussi de l'alcool, qui vient s'ajouter à l'effet toxique déjà évoqué. Un chat qui a happé un morceau de pâte crue en train de lever se trouve donc exposé à deux problèmes en même temps, l'un mécanique, l'autre toxique. Ce risque justifie de ne jamais laisser une pâte lever à sa portée et de contacter un professionnel si l'on soupçonne qu'il en a mangé.
Le raisin, les os cuits et le lait de vache
Le raisin, frais comme sec, fait partie des aliments sur lesquels la prudence s'impose. Une atteinte des reins a été décrite après ingestion de raisin ou de raisin sec chez l'animal, et même si tous les mécanismes ne sont pas encore pleinement élucidés, cette possibilité suffit à le classer parmi les aliments à tenir hors de portée. On évite donc de laisser traîner une grappe, des raisins secs ou des gâteaux qui en contiennent, et l'on considère qu'un chat qui en a avalé relève, comme les autres cas, d'un avis vétérinaire sans délai plutôt que d'une surveillance à domicile.
Les os cuits posent un danger d'une autre nature, mécanique cette fois. En cuisant, l'os devient cassant et se fend en éclats tranchants quand le chat le ronge ou l'avale. Ces éclats peuvent blesser la bouche, se coincer dans le tube digestif, provoquer une occlusion ou, dans les cas les plus sérieux, perforer la paroi de l'estomac ou de l'intestin. C'est pourquoi les restes d'un poulet rôti ou d'une côtelette ne sont pas une friandise anodine à donner à un chat, mais un vrai risque, et pourquoi il vaut mieux les jeter dans une poubelle inaccessible plutôt que de les laisser à sa portée.
Le lait de vache occupe une place à part dans cette liste, parce qu'il n'est pas toxique à proprement parler, mais mal digéré. Contrairement à une image tenace, la plupart des chats adultes tolèrent mal le lactose une fois passé le sevrage : leur organisme ne produit plus assez de l'enzyme qui le digère, et le bol de lait offert en gourmandise se solde souvent par des troubles digestifs, diarrhée ou inconfort. Ce n'est pas un poison, mais ce n'est pas non plus la petite douceur inoffensive que l'on imagine, et c'est l'une des idées reçues les plus répandues, que nous démêlons avec d'autres dans notre guide sur les erreurs et idées reçues sur l'alimentation du chat.
Le réflexe qui prime : appeler sans attendre
Voici le message le plus important de tout cet article, celui qui doit passer avant tous les autres. Si vous soupçonnez que votre chat a avalé l'un de ces aliments, ou un plat qui pourrait en contenir, on n'observe pas à la maison en espérant que cela passe, on appelle immédiatement le vétérinaire ou un centre antipoison animal. C'est le réflexe qui sauve du temps, et parfois davantage. Attendre de voir apparaître des symptômes est précisément ce qu'il ne faut pas faire, parce que pour plusieurs de ces toxiques l'atteinte s'installe en silence et ne devient visible que lorsque les organes sont déjà touchés.
Le professionnel que vous joignez saura évaluer la situation, vous poser les bonnes questions et vous guider sur la conduite à tenir. C'est à lui, et à lui seul, de décider ce qu'il convient de faire : on ne tente jamais de faire vomir son chat de sa propre initiative, on ne lui administre aucun remède maison, on ne suit aucune recette trouvée au hasard, car ces gestes improvisés peuvent aggraver les choses. Le rôle du maître est d'appeler vite et de rapporter le plus précisément possible ce que le chat a pu manger, quand, et sous quelle forme.
Cette sensibilité particulière du chat justifie une telle prudence. Son foie métabolise mal certaines substances, ses globules rouges sont vulnérables aux allium, son petit gabarit amplifie l'effet d'une faible quantité : autant de raisons pour lesquelles ce qui semble bénin chez un humain ne l'est pas chez lui. Garder à portée de main le numéro de son vétérinaire et celui d'un centre antipoison animal, comme un numéro d'urgence, permet de réagir sans paniquer le jour où c'est nécessaire.
CONSEIL
La meilleure protection reste d'organiser sa cuisine et ses repas pour que le chat n'ait tout simplement pas accès à ce qui pourrait lui nuire. On prend l'habitude de couvrir les plats, de ne pas laisser de restes sur la table ou le plan de travail, de ranger le chocolat, le café et les aliments cuisinés dans des placards fermés, et de jeter les os, les épluchures d'oignon ou d'ail et les fonds de tasse dans une poubelle que le chat ne peut pas ouvrir. On prévient aussi les invités et les enfants qu'on ne partage pas son assiette avec le chat, même pour lui faire plaisir. Ces quelques réflexes, une fois installés, deviennent naturels et évitent l'immense majorité des accidents, sans qu'il faille pour autant surveiller son chat en permanence ni vivre dans la crainte.
CAS PRATIQUE
Un soir, Anselme a profité d'une seconde d'inattention pour happer un morceau de reste de plat resté sur le bord de la table, un mijoté de viande qui contenait de l'oignon. Ses maîtres l'ont vu faire et se sont d'abord dit qu'une si petite bouchée ne pouvait pas être bien méchante. Puis ils se sont souvenus que l'oignon est dangereux pour le chat, même cuit et même en petite quantité, et plutôt que d'attendre de voir si quelque chose se passait, ils ont aussitôt téléphoné à leur vétérinaire, qui les a mis en relation avec un centre antipoison animal. On les a écoutés, questionnés sur ce qu'Anselme avait exactement avalé, puis guidés pas à pas sur la marche à suivre et la surveillance à assurer. Bien leur en a pris d'avoir appelé tout de suite : ils n'ont pas eu à décider seuls, ils n'ont commis aucun geste hasardeux, et Anselme a été pris en charge au bon moment. Ce réflexe d'appeler sans attendre, plutôt que d'observer à la maison, a fait toute la différence.
Ce qu'il faut retenir
Plusieurs aliments de nos cuisines sont toxiques ou dangereux pour le chat, et il vaut la peine d'en garder la courte liste en tête. Les allium, oignon, ail, échalote, poireau et ciboulette, restent dangereux même cuits ou en poudre et s'attaquent aux globules rouges, avec une sensibilité particulière du chat. Le chocolat, le café et le thé l'exposent à des substances qu'il élimine mal. L'alcool le vulnérabilise à faible dose, la pâte à pain crue fermente et gonfle dans son estomac, le raisin et le raisin sec justifient la prudence par une atteinte rénale décrite, les os cuits blessent et obstruent, et le lait de vache, sans être un poison, est mal digéré par la plupart des chats adultes.
Devant tous ces aliments, la règle est la même et elle ne souffre aucune exception : on ne raisonne jamais en petite quantité tolérable, on n'en donne pas et on ne les laisse pas à portée. Si l'on soupçonne une ingestion, le réflexe qui prime sur tout est d'appeler sans attendre le vétérinaire ou un centre antipoison animal, sans observer à la maison, sans tenter le moindre geste de son propre chef. Organiser sa cuisine pour tenir ces aliments hors d'atteinte et connaître ce réflexe d'urgence suffit à protéger son chat, sereinement, sans transformer chaque repas en source d'inquiétude.
Questions fréquentes
Quels aliments sont toxiques ou dangereux pour le chat ?
Plusieurs aliments courants sont à proscrire. Les allium, c'est-à-dire l'oignon, l'ail, l'échalote, le poireau et la ciboulette, restent toxiques même cuits ou en poudre et s'attaquent aux globules rouges. Le chocolat, le café et le thé contiennent des substances que le chat élimine mal. L'alcool est dangereux à faible dose, la pâte à pain crue fermente dans l'estomac, le raisin et le raisin sec appellent la prudence, et les os cuits présentent un risque de blessure ou d'occlusion. Le lait de vache, sans être toxique, est mal digéré par la plupart des chats. Devant un doute, on contacte un professionnel plutôt que de chercher à trancher soi-même.
Le chat peut-il manger un peu de chocolat ou d'oignon ?
Non, ni l'un ni l'autre, sous aucune forme. Le chocolat contient une substance que le chat élimine mal et qui agit sur son cœur et son système nerveux, et cela vaut aussi pour le café et le thé. L'oignon, comme l'ail et les autres allium, s'attaque à ses globules rouges, même cuit, même en poudre, même intégré à un plat mijoté. Le chat y est particulièrement sensible. Ce ne sont pas des aliments à donner en petite quantité pour faire plaisir, ce sont des aliments à tenir hors de sa portée. Pour le gâter sans risque, on se tourne vers des friandises pensées pour lui.
Un tout petit peu, est-ce vraiment risqué ?
Oui, et c'est justement le raisonnement à éviter. Il n'existe pas de dose confortable en dessous de laquelle ces aliments deviendraient sans danger, parce que la sensibilité varie d'un chat à l'autre, parce qu'on évalue mal la quantité réellement avalée, et parce que certains effets se manifestent avec un décalage de plusieurs heures ou plusieurs jours. Se dire qu'une petite bouchée ne fera rien, c'est prendre un risque inutile. La seule position sûre est de ne jamais donner ces aliments et de considérer toute ingestion suspectée comme une raison d'appeler un professionnel, quelle que soit la quantité en jeu.
Mon chat a mangé quelque chose de toxique, que faire ?
On appelle sans attendre le vétérinaire ou un centre antipoison animal, sans chercher à observer à la maison en espérant que cela passe. C'est le réflexe le plus important, car pour plusieurs de ces toxiques l'atteinte s'installe en silence avant de devenir visible. On ne tente jamais de faire vomir son chat de sa propre initiative et on ne lui donne aucun remède maison, car ces gestes peuvent aggraver la situation. Le rôle du maître est d'appeler vite et de décrire le plus précisément possible ce que le chat a avalé, quand et sous quelle forme, puis de suivre les consignes du professionnel.
Le lait est-il dangereux pour le chat ?
Le lait de vache n'est pas toxique, mais il est mal digéré par la plupart des chats adultes. Après le sevrage, leur organisme ne produit plus assez de l'enzyme qui digère le lactose, si bien que le bol de lait offert en gourmandise provoque souvent une diarrhée ou un inconfort digestif. Ce n'est donc pas la petite douceur inoffensive que l'on imagine, et c'est l'une des idées reçues les plus tenaces sur l'alimentation du chat. Mieux vaut l'éviter et proposer plutôt de l'eau fraîche, dont le chat a réellement besoin, et des friandises adaptées si l'on veut lui faire plaisir.