Le chaton perd ses dents de lait
Un matin, vous trouvez sur le tapis un objet minuscule, blanc, pointu, à peine plus gros qu'un grain de riz. Vous mettez quelques secondes à comprendre : c'est une dent. Votre chaton vient d'en perdre une, et vous ne vous étiez aperçu de rien.
La chute des dents de lait passe presque toujours inaperçue, et c'est bien ce qui inquiète : on ne voit pas les dents tomber, on n'en retrouve jamais, et on se demande si tout se déroule normalement. Dans l'immense majorité des cas, oui.
Cette page traite ce moment précis de la première année. Le calendrier complet des deux dentitions est posé dans notre guide sur la dentition du chaton ; ici, nous regardons ce qui se passe quand les dents de lait s'en vont, ce qui est normal, et le seul cas qui mérite un rendez-vous.
Quand et comment elles tombent
Le remplacement se joue entre quatre et sept mois. C'est une fourchette large, et elle l'est pour une bonne raison : le rythme varie sensiblement d'un chaton à l'autre. Un petit qui perd ses premières dents à quatre mois et demi et un autre qui commence à six mois sont tous les deux dans la norme.
Le mécanisme lui-même est élégant. La dent définitive pousse sous la dent de lait et provoque la résorption de sa racine. Privée d'ancrage, la dent de lait se déchausse et finit par tomber toute seule, en général au moment où le chaton mange ou mâchouille un jouet.
C'est pour cela que le remplacement se fait sans qu'on s'en rende compte : il n'y a ni trou visible pendant des jours, ni saignement notable. La dent définitive est déjà là, ou presque, quand la précédente s'en va.
Précisons ce que vous ne trouverez pas ici : aucun tableau indiquant quelle dent tombe quelle semaine. Ce niveau de détail donne l'illusion d'une précision que les données ne permettent pas, et il n'a aucune utilité pratique. Si votre chaton est dans la fourchette de quatre à sept mois, tout va bien.
Où passent-elles
C'est la question que tout le monde se pose, et la réponse est simple : le chaton les avale, la plupart du temps sans même s'en apercevoir, en mangeant. Elles traversent le tube digestif sans provoquer quoi que ce soit.
Il n'y a donc rien à surveiller de ce côté, et ne jamais en retrouver une seule pendant toute la période est parfaitement banal. Cela n'indique rien sur le bon déroulement de la transition.
À l'inverse, en découvrir une sur un tapis, dans un couchage ou au fond d'une gamelle est une petite trouvaille sans signification particulière. Beaucoup de propriétaires les gardent, et pourquoi pas, mais aucune conclusion n'est à en tirer.
Ce qui accompagne normalement cette période
Plusieurs petits changements sont attendus pendant ces semaines, et il est utile de les connaître pour ne pas s'inquiéter à tort.
Le plus visible est le besoin de mâcher. Les gencives sont gênées par les dents qui percent, et mâcher soulage : le chaton s'attaque alors aux câbles, aux coins de meubles, aux lanières de sac et à vos doigts. Ce n'est pas un retour en arrière dans son éducation, c'est un besoin mécanique, indépendant du jeu, qui appelle des objets à ronger et une maison sécurisée. Les gestes qui soulagent réellement, et la règle absolue qui interdit tout médicament ou gel sans avis vétérinaire, sont réunis dans notre guide sur soulager la dentition du chaton.
Vient ensuite une gêne alimentaire passagère chez certains chatons : ils mangent plus lentement, mâchent d'un seul côté, ou boudent brièvement les croquettes. Tant que cela reste léger et bref, il n'y a pas lieu de s'alarmer.
Un léger saignement peut apparaître, sous forme d'une trace rosée sur un jouet ou dans la gamelle d'eau. Une goutte au moment où une dent se déchausse est banale. Un saignement qui se répète ou qui persiste, en revanche, sort du cadre.
Une irritation localisée de la gencive juste autour d'une dent en train de sortir est attendue elle aussi. Des gencives franchement rouges, gonflées ou douloureuses sur toute la mâchoire ne le sont pas.
CONSEIL
Prenez l'habitude, une fois par semaine pendant cette période, de soulever une babine trois secondes pour regarder. Vous ne cherchez rien de compliqué : des gencives roses et lisses, et une seule rangée de dents. Ce geste hebdomadaire suffit à repérer une dent de lait persistante bien avant qu'elle ne pose problème, et il a un second bénéfice, plus durable. Un chaton habitué très tôt à ce qu'on lui regarde la bouche, sans forcer et suivi d'une friandise, devient un chat adulte chez qui on peut examiner une dent, donner un comprimé ou passer une brosse sans bataille. Peu de gestes de la première année rapportent autant pour aussi peu d'effort.
Le seul vrai point de vigilance : la dent persistante
Un cas mérite d'être connu, parce qu'il est facile à voir et qu'il ne se règle pas tout seul : la dent de lait persistante.
Il s'agit d'une dent de lait qui n'est pas tombée alors que la définitive correspondante est déjà sortie. Les deux occupent alors le même emplacement, côte à côte, et cela se voit sous la forme d'une double dent. Le cas le plus fréquent, et le plus repérable, concerne les canines : on distingue nettement deux crocs voisins au lieu d'un.
Ce n'est pas une urgence, et cela ne fait pas souffrir le chaton dans l'immédiat. Mais ce n'est pas anodin non plus, pour deux raisons. D'abord, l'espace étroit entre les deux dents retient les aliments et favorise l'accumulation de tartre et l'inflammation de la gencive. Ensuite, la dent de lait qui reste peut dévier la dent définitive de sa position et perturber l'alignement de la mâchoire.
La conduite à tenir est simple : on le montre au vétérinaire, sans affolement mais sans attendre non plus des mois. C'est lui qui décidera de la suite, souvent une surveillance rapprochée si la dent se déchausse, parfois un retrait. Ce genre de contrôle tombe d'ailleurs naturellement dans la même période que les rappels de vaccination et la discussion sur la stérilisation.
Les autres signes qui appellent une consultation
La très grande majorité des transitions dentaires se passent sans le moindre incident. Quelques signaux justifient tout de même un rendez-vous, et il vaut mieux les connaître que de les découvrir.
Consultez devant une haleine devenue soudainement forte, des gencives rouges, gonflées ou qui saignent au-delà de la simple irritation de poussée, un chaton qui refuse de manger ou qui perd du poids, qui laisse tomber ses croquettes de la gueule, qui se frotte la bouche avec la patte, ou qui bave. Une dent définitive cassée relève également d'une consultation rapide, puisque ces dents-là ne se remplacent pas.
Il existe une raison de fond à ne pas temporiser chez un jeune animal. Le chat masque la douleur, un point bien documenté, et un chaton continuera souvent de paraître normal jusqu'à un stade avancé. À cela s'ajoute sa fragilité : il se déshydrate et s'épuise beaucoup plus vite qu'un adulte, si bien qu'un chaton qui mange peu pendant deux jours n'est pas dans la même situation qu'un chat de six ans qui saute un repas.
CAS PRATIQUE
Églantine avait six mois et ses propriétaires ne s'inquiétaient de rien. Elle mangeait bien, jouait normalement, et ils n'avaient jamais retrouvé la moindre dent, ce qu'ils trouvaient simplement amusant. C'est en la caressant sous le menton, un soir, que l'un d'eux a remarqué quelque chose d'étrange : elle semblait avoir deux crocs du même côté. En regardant de plus près, le doute s'est confirmé, deux canines côte à côte. Le vétérinaire a diagnostiqué une dent de lait persistante et a expliqué le problème sans dramatiser : pas de douleur immédiate, mais un espace où les aliments s'accumulent et un risque de faire dévier la définitive. Il a choisi de surveiller quelques semaines, la dent bougeant légèrement. Elle est finalement tombée d'elle-même. Ce qui reste de cette histoire, c'est le geste que ses propriétaires ont gardé : depuis, ils soulèvent la babine d'Églantine quelques secondes chaque semaine, et elle se laisse faire sans broncher.
Ce que cette période prépare pour la suite
Une dernière idée mérite d'être posée, parce qu'elle dépasse largement ces trois mois. Les trente dents définitives qui se mettent en place sont les dernières : il n'y aura pas de troisième dentition.
Tout ce qui touche à leur entretien commence donc maintenant, et l'habitude prise à cinq mois ne se rattrape pas facilement à cinq ans. Un chaton qui accepte qu'on lui touche la bouche acceptera plus tard un brossage ; un chat qui découvre l'exercice à l'âge adulte le refusera presque toujours.
Pendant que la bouche est en travaux, le chaton continue par ailleurs de jouer, de mordiller et de se dépenser, et il est utile de ne pas tout attribuer aux dents : les autres raisons pour lesquelles un chaton mord sont passées en revue dans notre guide sur pourquoi un chaton mord, et le cadre général du jeu est posé dans notre guide sur le jeu du chaton.
Par où commencer
Ce week-end, soulevez une babine de votre chaton pendant trois secondes, regardez, relâchez, et donnez-lui une friandise. Recommencez une fois par semaine.
C'est tout ce que demande la surveillance de cette période, et c'est aussi le premier pas d'une habitude qui vous servira pendant quinze ans.
Questions fréquentes
À quel âge un chaton perd-il ses dents de lait ?
Le remplacement se joue entre quatre et sept mois, et cette fourchette est large parce que le rythme varie réellement d'un chaton à l'autre. Un petit qui perd ses premières dents à quatre mois et demi et un autre qui ne commence qu'à six mois sont tous les deux parfaitement dans la norme, et il n'y a rien à conclure d'un décalage avec le chaton du voisin. Pour situer la séquence complète, rappelons que le chaton possède d'abord vingt-six dents de lait, apparues très tôt, avant même l'adoption : les incisives entre deux et quatre semaines, les prémolaires entre cinq et six semaines. Ce sont ces dents-là qui sont remplacées, à partir de quatre mois, par les trente dents définitives. Le mécanisme est discret et bien fait : la dent définitive pousse sous la dent de lait et provoque la résorption de sa racine, si bien que la dent de lait se déchausse et tombe toute seule, sans laisser de trou visible pendant des jours ni provoquer de saignement notable. La dent qui la remplace est déjà en place, ou presque, quand elle s'en va. Méfiez-vous des tableaux très détaillés qui circulent, indiquant quelle dent tombe quelle semaine précise : ce niveau de précision ne correspond pas à ce que les données permettent d'affirmer et n'a aucune utilité pratique. Le repère à retenir est celui de la fourchette, et l'idée que la bouche se refait entièrement en quelques mois. Un dernier point pour situer votre chaton sans compter les dents une à une : s'il a moins de quatre mois et croque sans difficulté, il est encore sur sa première dentition et il n'y a rien à attendre. S'il approche des quatre mois et se met à mâchouiller davantage, la transition a commencé.
Je ne retrouve jamais ses dents, est-ce inquiétant ?
Non, pas du tout, et c'est même le cas le plus fréquent. Les dents de lait d'un chaton sont minuscules, à peine plus grosses qu'un grain de riz, et elles se détachent le plus souvent pendant qu'il mange ou qu'il mâchouille un jouet. Il les avale alors sans s'en apercevoir, et elles traversent le tube digestif sans provoquer quoi que ce soit. Ne pas en retrouver une seule pendant toute la période de remplacement est donc banal et n'indique rien sur le bon déroulement de la transition. À l'inverse, en découvrir une sur un tapis, dans un couchage ou au fond d'une gamelle est une petite trouvaille sans signification particulière. Beaucoup de propriétaires les gardent, ce qui est charmant, mais il n'y a aucune conclusion à en tirer dans un sens ou dans l'autre. Ce qui mérite votre attention pendant ces mois est en réalité l'inverse d'une dent qui tombe : une dent qui ne tombe pas. Quand la dent définitive sort alors que la dent de lait est encore accrochée à côté d'elle, on voit une double dent, le plus souvent au niveau des canines. C'est le seul cas qui justifie un rendez-vous, et il est facile à repérer si vous prenez l'habitude de soulever une babine quelques secondes chaque semaine. Autrement dit, ne cherchez pas les dents tombées sur le sol, regardez plutôt celles qui sont restées dans la bouche. Une inquiétude fréquente mérite d'être levée au passage : non, un chaton ne risque pas de s'étouffer ou de se blesser en avalant ses dents de lait. Elles sont minuscules, arrondies une fois la racine résorbée, et elles suivent le trajet digestif sans qu'aucune précaution particulière soit nécessaire de votre part.
Une double dent est apparue chez mon chaton, que faire ?
Il s'agit très probablement d'une dent de lait persistante, et la conduite à tenir est de la montrer au vétérinaire, sans affolement mais sans laisser passer des mois non plus. Concrètement, la dent de lait n'est pas tombée alors que la dent définitive correspondante est déjà sortie, et les deux occupent le même emplacement côte à côte. Le cas le plus fréquent et le plus visible concerne les canines : on distingue nettement deux crocs voisins au lieu d'un seul. Ce n'est pas une urgence et cela ne fait pas souffrir le chaton dans l'immédiat, ce qui explique que beaucoup de propriétaires ne le remarquent qu'incidemment. Ce n'est pourtant pas sans conséquence, pour deux raisons distinctes. D'abord, l'espace étroit entre les deux dents retient les aliments et favorise l'accumulation de tartre puis l'inflammation de la gencive, avec des effets qui se manifesteront des années plus tard. Ensuite, la dent de lait qui reste en place peut dévier la dent définitive de sa position normale et perturber l'alignement de la mâchoire. Le vétérinaire décidera de la suite selon la situation : souvent une simple surveillance rapprochée si la dent bouge déjà et devrait tomber seule, parfois un retrait, qui se pratique fréquemment au moment de la stérilisation puisque l'animal est alors anesthésié. Ce contrôle tombe naturellement dans la même période que les rappels de vaccination. En attendant le rendez-vous, il n'y a strictement rien à tenter par vous-même : ne cherchez jamais à faire bouger ou à retirer une dent de lait persistante, même si elle semble branlante. Le risque est de casser la couronne en laissant la racine en place, ce qui transforme un cas simple en problème réel.
Mon chaton mange moins et bave un peu, est-ce normal pendant cette phase ?
Une gêne légère et passagère est attendue, et il faut savoir où passe la limite. Pendant que les dents percent, les gencives sont irritées et certains chatons mangent plus lentement, mâchent visiblement d'un seul côté, ou boudent brièvement leurs croquettes pendant un ou deux jours. Un léger saignement peut aussi apparaître, sous forme d'une trace rosée sur un jouet mâchouillé ou dans la gamelle d'eau, au moment où une dent se déchausse. Une irritation localisée de la gencive juste autour d'une dent en train de sortir entre également dans le cadre normal. Ce qui sort du cadre, en revanche, mérite un rendez-vous sans attendre : un refus de manger qui se prolonge, une perte de poids, une bave abondante ou continue, une haleine devenue soudainement forte, des gencives franchement rouges ou gonflées sur toute la mâchoire, un saignement qui se répète, un chaton qui laisse tomber ses croquettes de la gueule ou qui se frotte la bouche avec la patte. Il existe une raison de fond de ne pas temporiser chez un si jeune animal. Le chat masque la douleur, et un chaton continuera souvent de paraître normal jusqu'à un stade avancé. À cela s'ajoute sa fragilité : il se déshydrate et s'épuise beaucoup plus vite qu'un adulte. Un chaton qui mange peu deux jours n'est pas dans la même situation qu'un chat de six ans qui saute un repas. En attendant le rendez-vous, humidifier légèrement les croquettes aide souvent. Une eau tiède versée sur la ration quelques minutes avant le repas ramollit les croquettes et rend la mastication indolore, sans qu'il soit nécessaire de changer d'aliment. Évitez en revanche de passer brutalement à une autre marque pendant cette période : vous ajouteriez une transition alimentaire à une bouche déjà sensible.
Faut-il faire quelque chose de particulier pendant cette période ?
Deux choses seulement, et elles demandent très peu de temps. La première est de répondre au besoin de mâcher plutôt que d'essayer de l'interdire. Un chaton dont les gencives le gênent mâchera quelque chose de toute façon, et votre seul vrai levier est de décider quoi. Mettez à sa disposition deux ou trois objets sûrs à ronger, adaptés à sa taille et sans petite pièce susceptible de se détacher, et retirez de sa portée ce qui est dangereux : regroupez les câbles électriques dans une gaine ou fixez-les le long des plinthes, rangez les lanières, cordons et élastiques qui traînent. Faire le tour des pièces à hauteur de chaton, littéralement à quatre pattes, est le meilleur moyen de voir ce qu'il voit. N'employez jamais de médicament, de gel gingival ou d'antalgique humain sans avis vétérinaire : beaucoup sont toxiques pour le chat. La seconde chose est un contrôle hebdomadaire de la bouche, trois secondes, une babine soulevée, suivi d'une friandise. Vous cherchez des gencives roses et lisses et une seule rangée de dents. Ce geste repère une dent persistante bien avant qu'elle ne pose problème, et il construit au passage un chat adulte qui se laisse examiner, donner un comprimé, et éventuellement brosser les dents. Peu de gestes de la première année rapportent autant pour aussi peu d'effort. Une règle pour que ce contrôle reste bien accepté : arrêtez toujours avant que le chaton ne se dégage. Trois secondes suivies d'une friandise valent infiniment mieux que dix secondes qui se terminent par une lutte, car c'est la dernière impression qui reste et qui décidera de sa réaction la semaine suivante.