Jeu et mordillements du chaton : les erreurs
Sur le jeu et les morsures du chaton, les conseils circulent en abondance, et beaucoup sont faux. Certains sont simplement inefficaces, d'autres aggravent activement la situation, et tous ont en commun d'être répétés avec assurance depuis des décennies.
Cette page passe en revue les idées reçues les plus répandues, et dit ce que chacune produit réellement. Elle ne remplace aucun des guides du sujet : le cadre général est posé dans notre guide sur le jeu du chaton, et chaque mythe démonté ici renvoie à la page qui traite le sujet à fond.
Une précision avant de commencer : si vous avez appliqué l'un de ces conseils, vous n'avez rien fait d'anormal. Ils sont répandus parce qu'ils paraissent sensés, et parce que personne n'explique pourquoi ils échouent.
« Il faut le punir pour qu'il comprenne »
La réalité : c'est l'idée la plus fausse et la plus nuisible de toutes, et elle ne souffre aucune nuance.
Les sociétés vétérinaires spécialisées en comportement sont catégoriques : punir un animal comporte des risques pour son bien-être et pour la relation, et ne lui enseigne jamais quoi faire à la place. Trois mécanismes expliquent l'échec systématique.
Le chaton ne fait pas le lien entre la sanction et son geste. Il enregistre qu'une menace vient de la personne censée le rassurer, et la méfiance qui s'installe déborde largement le cadre du jeu : elle complique ensuite les caresses, les manipulations, les soins vétérinaires pour des années.
La punition alimente souvent le comportement visé. Une main qui s'agite pour repousser reste une main qui bouge, donc une proie. Souffler au visage excite certains chatons autant qu'un jouet.
Enfin, le besoin reste entier. Un chaton grondé a toujours autant d'instinct de chasse à dépenser et toujours aucune cible autorisée, si bien que le comportement revient dès que l'effet de surprise retombe. Ce qui fonctionne à la place est développé dans notre guide sur les morsures et griffades du jeu.
« Jouer avec les mains, c'est mignon quand il est petit »
La réalité : c'est le faux pas le plus répandu de tous, et le plus lourd de conséquences, précisément parce qu'il paraît inoffensif.
Agiter les doigts devant un chaton, faire courir la main sous un plaid, offrir un pied qui dépasse du lit : le geste part d'une bonne intention, tout le monde s'amuse, et rien n'en signale la conséquence sur le moment. Or le chaton apprend quelque chose de très précis : la peau humaine fait partie des choses qu'on guette et qu'on mord.
Cette association ne s'efface pas avec l'âge. Elle devient seulement plus désagréable, à mesure que la mâchoire gagne en force et que les griffes marquent. Un chat adulte qui mord les mains fait, la plupart du temps, ce qu'on lui a appris quand il pesait huit cents grammes.
La règle qui en découle ne souffre pas d'exception, y compris quand le chaton est calme et y compris pour la personne du foyer qui trouve cela drôle : un chat ne comprend pas une règle à géométrie variable. Le sujet est développé dans notre guide sur le chaton qui attaque mains et pieds.
« Il se calmera en grandissant »
La réalité : à moitié vrai, et c'est cette demi-vérité qui trompe.
Ce qui est exact : l'intensité générale baisse avec l'âge, les courses folles s'espacent, et un chat adulte ne se comporte pas comme un chaton de quatre mois. Attendre n'est donc pas complètement absurde.
Ce qui est faux : les habitudes apprises, elles, ne s'effacent pas. Un chaton à qui l'on a enseigné que les mains sont des proies reste un chat qui mord les mains, avec plus de force. Le temps atténue l'énergie, il ne défait pas un apprentissage.
La conséquence pratique est nette : attendre coûte plus cher que d'agir. Une habitude installée pendant des mois se défait plus lentement qu'elle ne se serait évitée, et la période où le chaton apprend le plus vite est justement celle où l'on attend. Ce que le chaton est en train d'apprendre, et comment le lui enseigner, est développé dans notre guide sur apprendre à un chaton à ne pas mordre.
CONSEIL
Si vous ne deviez retenir qu'un principe de toute cette page, prenez celui-ci : on ne supprime jamais un comportement chez un chat, on le déplace. Chaque fois qu'un conseil vous propose d'empêcher, d'interdire, de corriger ou de faire cesser quelque chose, demandez-vous ce qu'il offre à la place. S'il n'offre rien, il ne fonctionnera pas, quelle que soit la fermeté que vous y mettrez. Ce test simple permet de trier la plupart des conseils que vous lirez ailleurs, sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres. Mordre, griffer, grimper, chasser ne sont pas des défauts à faire disparaître : ce sont des besoins qui demandent une adresse.
« Le laser suffit à le fatiguer »
La réalité : le laser déclenche remarquablement bien la poursuite, mais il ne permet jamais la capture, et c'est un problème.
Une chasse est une séquence : affût, poursuite, bond, capture, puis prise en gueule. Chaque phase a sa fonction, et la capture est celle qui clôt le cycle. Le point lumineux, lui, ne se laisse jamais attraper. Le chaton court, bondit, plaque ses pattes dessus et ne trouve rien.
Ce qui reste est de la tension sans aboutissement. Certains chatons développent une agitation persistante, cherchent des reflets sur les murs longtemps après la séance, ou reportent leur frustration sur ce qui est attrapable, c'est-à-dire vos mains et vos chevilles.
Une règle rend le laser acceptable : terminer systématiquement en amenant le point sur un vrai jouet posé au sol, et laisser le chaton l'attraper pour de bon. Le point lumineux devient alors une phase de poursuite dans une séquence qui aboutit ailleurs. La conduite d'une séance complète est détaillée dans notre guide sur la chasse simulée avec un chaton.
« Avec deux chatons, plus besoin de jouer avec eux »
La réalité : vrai en partie, et cette part de vérité fait passer le reste.
Deux jeunes chats bien assortis se dépensent effectivement l'un l'autre et déchargent ensemble une énergie qui, autrement, retombe sur les humains. L'argument est réel, et l'adoption en duo se défend.
Mais deux réserves comptent. La première est que le jeu interactif conserve un rôle propre : la chasse dirigée par un humain qui manie une proie n'est pas la même chose qu'une poursuite entre chats, et elle reste nécessaire dans un foyer à plusieurs chats. La seconde est qu'un second chat ne s'introduit pas au hasard, et qu'un foyer mal préparé y gagne parfois des tensions plutôt qu'un exutoire.
Ajoutons une confusion fréquente : le jeu brutal entre deux chats du foyer relève d'un autre sujet que la morsure envers l'humain, avec ses propres règles, et il est traité dans notre guide sur le jeu brutal du jeune chat.
« Un chaton qui mord cherche à dominer »
La réalité : la notion de dominance n'a rien à faire ici, et elle conduit systématiquement à durcir le ton, donc à aggraver.
Chez le chat, l'agression est un comportement de distance : elle sert à faire reculer quelque chose de menaçant, et elle s'accompagne de signes reconnaissables, corps ramassé, oreilles plaquées, feulement. Rien de tout cela n'apparaît quand un chaton bondit sur un poignet : le corps va vers l'avant, il revient à la charge, les pupilles sont dilatées d'excitation.
Le repère qui règle la question en une seconde : regardez si le chaton avance ou recule. Un chaton qui avance joue ou chasse. Un chaton qui recule se défend, parce qu'il a peur ou qu'il a mal, et cela relève du vétérinaire, pas de l'éducation. Les différents motifs sont passés en revue dans notre guide sur pourquoi un chaton mord.
CAS PRATIQUE
Rigolo, cinq mois, mordait de plus en plus fort, et ses propriétaires avaient consciencieusement appliqué ce qu'ils avaient lu. Ils lui soufflaient au visage, le tapotaient sur le museau, et lui avaient acheté un laser pour le fatiguer avant le coucher. Les résultats allaient dans le mauvais sens : Rigolo mordait davantage, évitait désormais la main tendue pour une caresse, et passait ses soirées à fixer les murs. Leur vétérinaire a défait les trois conseils un par un. Le soufflement et les tapes ont été abandonnés au profit d'un simple arrêt du jeu, sans un mot. Le laser a été rangé et remplacé par une canne à plumes, avec une capture à la fin de chaque partie. Un jouet a aussi été posé dans chaque pièce pour rediriger au bon moment. La première quinzaine n'a pas été spectaculaire. À six semaines, Rigolo mordait doucement, revenait chercher les caresses, et avait cessé de guetter les reflets. Rien n'avait été ajouté : trois mauvais conseils avaient été retirés.
« Il faut le fatiguer davantage »
La réalité : passé un certain seuil, jouer plus longtemps ne calme pas, cela surexcite.
Un chaton qui a dépassé son seuil d'excitation ne redescend pas en montant encore. Il s'enfonce dans un état d'agitation dont il ne sait plus sortir seul, où les morsures deviennent plus fortes et les gestes désordonnés. Beaucoup de propriétaires constatent que leur chaton est plus difficile après une longue partie qu'avant.
Ce qui fonctionne n'est pas la durée mais la structure : des séances courtes, réparties dans la journée, rythmées par des phases d'affût, et surtout conclues par une capture. Cinq minutes bien menées apaisent plus qu'un quart d'heure d'agitation continue. La bascule et ses signes sont détaillés dans notre guide sur le chaton hyperactif et surexcité.
Deux idées à retirer aussi
« Un spray répulsif réglera le problème. » Son efficacité est inconstante, il doit être réappliqué sans cesse, et surtout il ne règle rien : le chaton ira mordre ailleurs. Il peut au mieux compléter un aménagement, jamais le remplacer.
« Crier comme un chaton mordu lui fera comprendre. » L'intuition est bonne, l'application rate souvent. Chez une partie des chatons, un cri aigu excite au lieu d'arrêter, ou effraie. Ce qui compte dans la leçon de la fratrie n'est pas le bruit, c'est la conséquence : la partie cesse. Le silence complet, associé à l'immobilité, reste le signal le plus lisible.
Par où commencer
Faites l'inverse de ce qu'on conseille d'habitude : ne cherchez pas quoi ajouter, cherchez quoi retirer. Si vous soufflez, tapotez, grondez ou utilisez un laser seul, arrêtez ces gestes cette semaine, sans rien mettre d'autre à la place pour l'instant.
Beaucoup de foyers constatent une amélioration rien qu'à ce stade, avant même d'avoir installé quoi que ce soit de nouveau.
Questions fréquentes
Pourquoi ne faut-il jamais punir un chaton qui mord ?
Parce que cela ne fonctionne pas, et parce que cela coûte cher sur la durée. Les sociétés vétérinaires spécialisées en comportement sont catégoriques sur ce point : punir un animal comporte des risques pour son bien-être et pour la relation, et ne lui enseigne jamais quoi faire à la place. Trois mécanismes expliquent cet échec systématique. Le premier est que le chaton ne fait pas le lien entre la sanction et son geste : il enregistre seulement qu'une menace vient de la personne censée le rassurer, et la méfiance qui s'installe déborde largement le cadre du jeu, compliquant ensuite les caresses, les manipulations et les soins vétérinaires pendant des années. Le deuxième est que la punition alimente souvent le comportement qu'elle vise : une main qui s'agite pour repousser reste une main qui bouge, donc une proie, et souffler au visage excite certains chatons autant qu'un jouet. Le troisième est que le besoin reste entier : un chaton grondé a toujours autant d'instinct de chasse à dépenser et toujours aucune cible autorisée, si bien que le comportement revient dès que l'effet de surprise retombe. Les vieilles recettes de la nuque saisie, du jet d'eau, du museau tapoté ou du soufflement appartiennent à une époque où l'on croyait qu'un chat comprenait la sanction. Il ne la comprend pas. Il comprend en revanche parfaitement une conséquence immédiate et constante : la partie s'arrête, ou la partie continue sur le jouet. Un argument très concret pour finir de convaincre les sceptiques : les mois passés à construire de la confiance avec un chaton décident de la facilité avec laquelle vous pourrez, plus tard, lui donner un comprimé, lui couper les griffes ou le mettre dans un transporteur. Une punition qui règle une soirée peut coûter cher pendant quinze ans.
Est-il vraiment grave d'avoir joué avec mes mains ?
Ce n'est pas une faute, et il n'est pas trop tard, mais ce n'est pas anodin non plus. Jouer avec les doigts est le faux pas le plus répandu de tous, précisément parce qu'il part d'une bonne intention et que rien n'en signale la conséquence sur le moment : le chaton est minuscule, ses dents ne font pas mal, tout le monde s'amuse. Ce qui se passe pourtant est un apprentissage très précis, à savoir que la peau humaine fait partie des choses qu'on guette et qu'on mord. Cette association ne s'efface pas avec l'âge ; elle devient seulement plus désagréable à mesure que la mâchoire se renforce et que les griffes marquent. Un chat adulte qui mord les mains fait, la plupart du temps, ce qu'on lui a appris quand il pesait huit cents grammes. La bonne nouvelle est que cela se défait, à tout âge, en changeant la catégorie plutôt qu'en corrigeant le chat. Trois conditions à cela. La règle doit devenir absolue et sans exception, y compris quand le chaton est calme et y compris pour la personne du foyer qui trouvait cela drôle, car un chat ne comprend pas une règle à géométrie variable. Il faut ensuite interposer systématiquement un objet, ce qui suppose d'en avoir dans chaque pièce. Il faut enfin offrir de vraies séances de chasse, faute de quoi l'énergie ressortira ailleurs. Comptez plusieurs semaines chez un chaton, davantage chez un adulte. Regardez l'intensité plutôt que la fréquence pour juger des progrès : les morsures deviennent d'abord plus douces, puis le chaton commence à hésiter et à se détourner vers le jouet, et la fréquence ne baisse qu'en dernier. Beaucoup de foyers abandonnent au moment précis où cela commençait à marcher.
Mon chaton va-t-il se calmer tout seul en grandissant ?
À moitié seulement, et c'est cette demi-vérité qui trompe le plus de monde. Ce qui est exact : l'intensité générale baisse avec l'âge, les courses folles s'espacent, les besoins de dépense diminuent, et un chat adulte ne se comporte évidemment pas comme un chaton de quatre mois. Attendre n'est donc pas complètement absurde, et beaucoup de choses s'arrangent effectivement toutes seules. Ce qui est faux, en revanche, c'est que les habitudes apprises s'effaceraient de la même façon. Elles ne s'effacent pas. Un chaton à qui l'on a enseigné, même involontairement, que les mains sont des proies reste un chat qui mord les mains, avec davantage de force et des griffes qui marquent pour de bon. Le temps atténue l'énergie, il ne défait pas un apprentissage. La conséquence pratique est nette et va à l'encontre de l'intuition : attendre coûte plus cher qu'agir. Une habitude installée pendant des mois se défait beaucoup plus lentement qu'elle ne se serait évitée, et la période où l'on attend est justement celle où le chaton apprend le plus vite. Il y a donc un vrai bénéfice à intervenir tôt, non pas en corrigeant mais en offrant la bonne cible. Ajoutons une nuance rassurante : si les morsures s'intensifient malgré des semaines de cohérence, ce n'est plus une question d'âge ni de méthode, et un avis vétérinaire s'impose. Un dernier repère pour ne pas s'inquiéter à tort : la période de la dentition définitive, entre quatre et sept mois, donne souvent l'impression d'un retour en arrière, avec un chaton qui remordille tout. Ce n'est pas l'apprentissage qui recule, c'est un besoin de mâcher qui se surajoute et qui demande des objets à ronger.
Le pointeur laser est-il déconseillé ?
Il n'est pas dangereux physiquement, à condition de ne jamais viser les yeux, et il déclenche remarquablement bien la poursuite, ce qui explique son succès. Le problème est ailleurs, et il est réel : le point lumineux ne peut jamais être attrapé. Or une chasse est une séquence complète, qui va de l'affût à la poursuite, puis au bond, à la capture et à la prise en gueule, et chaque phase a sa fonction. La capture est celle qui clôt le cycle et qui fait retomber la tension. Avec un laser, le chaton court, bondit, plaque ses pattes sur le point et ne trouve rien dessous, indéfiniment. Ce qui reste est de l'excitation sans aboutissement. Certains chatons développent une agitation persistante, se mettent à fixer et à poursuivre des reflets ou des ombres longtemps après la séance, ou reportent leur frustration sur ce qui est attrapable, c'est-à-dire vos mains et vos chevilles. Une règle rend pourtant le laser acceptable : terminez systématiquement en amenant le point sur un vrai jouet posé au sol, une souris en tissu ou un leurre, et laissez le chaton l'attraper pour de bon. Le point lumineux devient alors une simple phase de poursuite dans une séquence qui aboutit ailleurs. Ne l'utilisez jamais seul ni comme jeu principal, et arrêtez complètement si votre chaton se met à chercher des reflets en dehors des séances. Dans la plupart des cas, un simple leurre au bout d'une ficelle procure la même intensité de poursuite tout en offrant une capture réelle, ce qui en fait un meilleur outil dans presque toutes les situations. Le laser n'apporte un avantage que sur un point, la distance, et cet avantage ne compense pas l'absence de capture.
Quels autres conseils courants faut-il ignorer ?
Trois autres reviennent souvent et méritent d'être écartés. Le premier est le spray répulsif présenté comme la solution : son efficacité est inconstante, il doit être réappliqué en permanence, et surtout il ne règle rien puisque le chaton ira simplement mordre ailleurs. Il peut au mieux compléter un aménagement, jamais le remplacer. Le deuxième est l'idée qu'il faudrait crier comme un chaton mordu pour lui faire comprendre. L'intuition est bonne, puisque c'est bien un cri qui interrompt la bagarre dans une portée, mais l'application rate souvent : chez une partie des chatons, un cri aigu poussé par un humain excite au lieu d'arrêter, parce qu'il ressemble au couinement d'une proie ; chez d'autres, il effraie. Ce qui compte dans la leçon de la fratrie n'est pas le bruit, c'est la conséquence, à savoir que la partie cesse. Le silence complet associé à l'immobilité reste le signal le plus lisible et le plus facile à reproduire par tout le foyer. Le troisième est le « non » ferme, qui ne veut rien dire pour un chat et dont l'efficacité apparente ne tient qu'à la surprise, laquelle s'épuise en quelques jours. Un test simple permet de trier tous ces conseils : demandez-vous ce que la méthode propose au chaton à la place. Si elle n'offre rien, elle ne fonctionnera pas. Ce test vaut aussi pour les conseils que vous lirez ailleurs sur d'autres sujets félins, du griffage des canapés à la malpropreté : chez le chat, on ne supprime pas un comportement, on lui donne une meilleure adresse. C'est la règle la plus utile à retenir de toute cette page.