Le dégriffage du chat : pourquoi c'est interdit

Macro sur une patte avant de chat au repos posée sur un plaid, doigts détendus, griffes rentrées.
La griffe pousse depuis l'os du bout du doigt. On ne peut pas l'enlever sans l'amputer : c'est ce que recouvre le mot « dégriffage ».

Le mot est trompeur. « Dégriffer » évoque une manucure un peu radicale, une coupe très courte, quelque chose de désagréable mais somme toute superficiel. Beaucoup de gens l'entendent ainsi, et c'est précisément ce que le mot est censé faire.

La réalité est autre. Le dégriffage, ou onychectomie, consiste à amputer la dernière phalange de chaque doigt, os compris. Il est interdit en France, et cette interdiction n'est pas une position militante : c'est du droit. Cet article expose ce qu'est réellement l'acte, ce que les données montrent de ses conséquences, ce que dit la loi, et ce qu'il faut faire à la place. Sans jugement pour ceux qui, ailleurs ou autrefois, ont pu y consentir sans savoir.

Ce que c'est, exactement

La griffe du chat ne pousse pas depuis la peau, comme un ongle depuis son lit. Elle pousse depuis l'os de la dernière phalange, celui du bout du doigt. La matrice, le tissu qui fabrique la griffe, est solidaire de cet os.

On ne peut donc pas retirer la griffe sans retirer l'os. Le dégriffage n'est pas une coupe très courte : c'est une amputation osseuse, pratiquée dix fois, une par doigt des pattes avant. Chez l'humain, l'équivalent serait de sectionner chaque doigt à la dernière articulation.

Cette description n'est pas là pour choquer. Elle est là parce que beaucoup de gens ignorent purement et simplement ce que recouvre le mot, et qu'ils ne l'ignoreraient pas si on le leur disait.

Ce que la loi dit en France

Le dégriffage est interdit en France, sauf raison médicale impérieuse constatée par un vétérinaire, par exemple une tumeur ou une lésion irrécupérable.

Deux textes le fondent. L'article R214-21 du Code rural et de la pêche maritime, qui prohibe les interventions chirurgicales non curatives destinées à modifier l'apparence d'un animal de compagnie. La Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, ratifiée par la France en 2004, dont l'article consacré aux interventions chirurgicales vise nommément « l'ablation des griffes ».

La pratique expose le vétérinaire qui l'exécute comme le propriétaire qui la demande à des sanctions pénales. La question, en France, n'est donc pas de savoir si c'est une bonne idée : elle est réglée.

Ce que les données montrent

Une étude a comparé des chats dégriffés à des chats témoins, en examinant à la fois leur dossier et des radiographies. Les résultats sont sans ambiguïté.

Les chats dégriffés présentaient, nettement plus souvent que les autres, des douleurs dorsales, des comportements de morsure, des éliminations hors du bac à litière, et un léchage excessif allant jusqu'à l'arrachage de poils.

Une majorité des chats dégriffés examinés portait par ailleurs des fragments osseux résiduels visibles à la radiographie, c'est-à-dire des morceaux d'os laissés en place par une chirurgie incomplète, source de douleur chronique.

Pourquoi ces conséquences, mécaniquement

Deux enchaînements logiques, et ils se tiennent.

La douleur. Privé de la dernière phalange, le chat doit reporter son poids sur des surfaces osseuses qui n'étaient pas faites pour cela, et qui étaient auparavant protégées à l'intérieur de l'articulation. Chaque pas devient une source d'inconfort. Cela remonte : la posture change, le dos compense, la douleur dorsale s'installe.

La morsure. Un chat qui a mal et qui n'a plus de griffes n'a plus qu'un moyen de se défendre ou de dire non, et il s'en sert. Le paradoxe est cruel : on dégriffe souvent pour protéger les gens, et l'on obtient un chat qui mord davantage.

La litière. Gratter dans un substrat granuleux avec des doigts douloureux devient pénible. Le chat cherche une surface plus douce, un tapis, un lit, un vêtement. Ce que l'on appelle alors « malpropreté » est en réalité une réponse à une douleur qu'on lui a infligée.

Ce que le dégriffage ne règle pas

Un point rarement souligné, et pourtant décisif : le dégriffage ne supprime pas le comportement de griffade.

Le besoin est physiologique et comportemental, pas seulement mécanique. Un chat dégriffé continue de faire le geste : il se dresse, il tire, il « griffe » avec des doigts qui n'ont plus de griffes. Les dégâts matériels diminuent, la souffrance apparaît. On n'a pas répondu au besoin, on a supprimé l'outil.

Les fonctions réelles de la griffade, entretien de la griffe, étirement, dépôt d'une trace, plaisir, sont détaillées dans notre guide sur pourquoi les chats griffent. Aucune de ces fonctions n'est satisfaite par une amputation.

CONSEIL

Si vous vivez dans un pays où l'acte est encore proposé, et si l'on vous le présente comme une simple « intervention de confort », posez une question précise : allez-vous retirer un os ? La réponse est oui. Elle est toujours oui, parce que la griffe pousse depuis cet os. Aucune technique, aussi moderne soit-elle, ne permet d'y échapper.

Les alternatives réelles

Toutes les situations qui poussent à envisager le dégriffage ont une réponse, et elle passe toujours par le même endroit : offrir un support qui gagne.

Un griffoir stable, assez haut, en corde qui accroche. C'est le point de départ, et c'est celui que la plupart des propriétaires ratent, souvent sans le savoir. Nos critères sont détaillés dans notre article sur la façon de choisir un griffoir.

Le bon emplacement. À portée de sieste, contre le meuble abîmé, dans la pièce où le chat vit. Voir notre article sur où placer le griffoir.

La protection temporaire des meubles. Films lisses, housses tendues, le temps de la bascule. Voir notre article sur la façon de protéger ses meubles sans punir.

La coupe régulière des pointes, qui n'a rien à voir avec une amputation : on retire l'extrémité de la griffe, comme on coupe un ongle, sans toucher à la partie vivante. Voir notre article sur les griffes du chat.

Ces quatre mesures, appliquées ensemble, règlent la quasi-totalité des situations. Elles demandent quelques semaines. Elles ne demandent pas d'os.

Un chat s'étire complètement contre un griffoir en corde dans un salon lumineux, griffes visiblement plantées.
La réponse au besoin de griffer existe, et elle tient debout dans un salon. Elle demande quelques semaines de patience, pas une amputation.

Le cas des capuchons de griffes

On voit apparaître des capuchons en plastique souple à coller sur les griffes, présentés comme une alternative douce au dégriffage. Le principe est réversible, ce qui est déjà infiniment mieux qu'une amputation.

Restons prudents pour autant. Le chat ne peut plus rétracter normalement ses griffes, ce qui n'est pas anodin pour un mécanisme conçu pour les protéger. La pose se renouvelle sans arrêt, et elle suppose une manipulation répétée des pattes que beaucoup de chats supportent mal. Les capuchons ne suppriment pas le besoin de griffer, et ils n'apprennent rien au chat.

Autrement dit : ce n'est pas une horreur, ce n'est pas non plus une solution. Si vous en êtes là, c'est probablement que le griffoir n'a pas encore été correctement choisi et placé.

Si votre chat a été dégriffé

Peut-être lisez-vous ceci avec un chat dégriffé sur les genoux, adopté ainsi, ou opéré à une époque où l'on ne vous avait rien expliqué. Il n'y a aucun reproche à vous adresser, et cet article n'a pas été écrit contre vous.

Quelques points pratiques. Surveillez la litière : un substrat très fin et doux est souvent mieux toléré par des doigts sensibles. Surveillez la douleur : un chat dégriffé qui devient irritable, qui mord, qui boude son bac, a probablement mal, et cela se traite. Parlez-en franchement à votre vétérinaire, en précisant l'antécédent : la prise en charge de la douleur chronique a beaucoup progressé.

CAS PRATIQUE

Adopté à six ans, Robinson mordait, refusait sa litière et détestait qu'on lui touche les pattes. Sa nouvelle famille le croyait « caractériel ». Le vétérinaire a posé le diagnostic en trente secondes : il était dégriffé, opéré à l'étranger des années plus tôt. Les radiographies ont montré des fragments osseux résiduels. Un traitement antalgique et une litière très fine ont transformé le chat en quelques semaines. Il n'avait jamais eu mauvais caractère : il avait mal à chaque pas.

Ce qu'il faut retenir

Le dégriffage n'est pas une coupe de griffes. C'est l'amputation de la dernière phalange de chaque doigt, parce que la griffe pousse depuis cet os et qu'on ne peut pas l'enlever sans lui.

Il est interdit en France, en vertu du Code rural et de la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, ratifiée en 2004. Les chats qui l'ont subi présentent nettement plus souvent des douleurs dorsales, des morsures, des problèmes d'élimination et un léchage excessif, et beaucoup gardent des fragments osseux dans les doigts.

Surtout, il ne règle rien : le besoin de griffer est comportemental, et il persiste. La réponse existe, elle tient dans un bon support, bien placé, et un peu de patience. Elle ne demande pas d'os.

Les raisons invoquées, une à une

Trois arguments reviennent chez les personnes qui envisagent l'acte, et chacun a une réponse.

« Il abîme tout. » C'est un problème d'offre, pas de chat : un support qui gagne la comparaison le règle en quelques semaines, sans rien amputer.

« Il griffe les enfants. » Griffer une personne n'est pas griffer un meuble : c'est un comportement dirigé, lié à la peur, au jeu mal calibré ou à la surcharge de caresses. Un chat dégriffé qui a peur ne devient pas un chat serein : il devient un chat qui mord.

« Un proche est fragile. » Situation réelle et respectable. La réponse passe par la coupe régulière des pointes, l'éducation au jeu, et l'aménagement, pas par une amputation, qui augmente précisément le risque de morsure.

Une pratique en recul, partout

Il est utile de savoir que la France n'est pas isolée. L'acte est prohibé dans la plupart des pays européens, en application de la même convention, et il recule ailleurs, y compris dans les pays où il était courant : des provinces entières l'ont interdit, et de nombreuses organisations vétérinaires le déconseillent formellement, y compris là où il reste légal.

Ce mouvement ne doit rien à l'émotion. Il suit les données : à mesure que l'on a documenté la douleur chronique, les fragments osseux, la hausse des morsures et des problèmes de litière, la balance bénéfice-risque est devenue intenable. Un acte qui ne règle pas le comportement visé et qui en crée trois autres n'a pas d'avenir médical.

Ce que l'on doit à un chat

Il y a, derrière ce sujet, une question qui n'est pas seulement vétérinaire.

Un chat ne choisit pas de vivre chez nous. Il arrive avec un corps qui fonctionne d'une certaine façon, des besoins qui ne sont pas négociables, et une manière d'être au monde qui nous précède de très loin. Griffer en fait partie, au même titre que dormir seize heures ou grimper en hauteur. Adapter notre intérieur à cela relève simplement de ce que l'on doit à un animal qu'on a fait entrer chez soi. Cela demande un bon poteau, un peu d'observation, et quelques semaines. C'est peu, mis en regard de l'alternative.

Parler du sujet sans juger

Un mot sur la façon d'aborder la question, car elle est souvent traitée avec une violence qui n'aide personne.

Beaucoup de personnes ayant fait dégriffer un chat l'ont fait sur recommandation, à une époque ou dans un pays où l'acte était présenté comme banal, sans qu'on leur explique jamais qu'il s'agissait d'une amputation osseuse. Les accabler ne soulage aucun chat. Ce qui aide, en revanche, c'est de dire précisément ce que l'acte recouvre, ce qu'il provoque, et qu'il existe une réponse simple au problème qu'il prétendait résoudre. L'information fait plus que l'indignation.

Questions fréquentes

Le dégriffage est-il interdit en France ?

Oui, sauf raison médicale impérieuse constatée par un vétérinaire. Il tombe sous l'article R214-21 du Code rural, qui interdit les interventions chirurgicales non curatives, et sous la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, ratifiée par la France en 2004.

Le dégriffage, c'est couper les griffes très court ?

Non. C'est amputer la dernière phalange de chaque doigt, os compris, car la griffe pousse depuis cet os et sa matrice y est solidaire. Chez l'humain, l'équivalent serait de sectionner chaque doigt à la dernière articulation. Le mot est trompeur, l'acte ne l'est pas.

Quelles sont les conséquences du dégriffage ?

Les chats dégriffés présentent nettement plus souvent des douleurs dorsales, des morsures, des éliminations hors du bac et un léchage excessif. Beaucoup gardent des fragments osseux dans les doigts, source de douleur chronique. Le chat reporte son poids sur des surfaces qui n'étaient pas faites pour cela.

Le dégriffage empêche-t-il le chat de griffer ?

Non, et c'est un point décisif. Le besoin de griffer est comportemental : le chat dégriffé continue de faire le geste, de se dresser et de tirer. Les dégâts diminuent, la souffrance apparaît. On n'a pas répondu au besoin, on a supprimé l'outil.

Les capuchons de griffes sont-ils une bonne alternative ?

Ils sont réversibles, ce qui vaut infiniment mieux qu'une amputation, mais ce n'est pas une solution. Le chat ne rétracte plus normalement ses griffes, la pose se renouvelle sans cesse, et rien n'est appris. Si vous en êtes là, le griffoir n'a probablement pas été bien choisi ni bien placé.

La seule réponse acceptable au besoin de griffer reste un bon support. Un griffoir stable et haut, placé dans une pièce vécue, résout la quasi-totalité des situations qui poussent certains à envisager l'irréparable. À retrouver dans notre : univers Chat
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